Nous ouvrons nos prières du soir de Yom Kippour par l’un des passages sans doute les plus célèbres de la liturgie, Kol Nidrei, généralement chanté sur sa mélodie traditionnelle et poignante.
La récitation de Kol Nidrei à Yom Kippour est une coutume ancienne mentionnée dans le Zohar,1 et son texte figure dans des livres de prières remontant jusqu’à l’époque des Gueonim (589–1038 de l’ère commune). Certains2 estiment qu’il fut en réalité institué par les Anchei Knesset Haguedola (« les Hommes de la Grande Assemblée ») au début de l’époque du Second Temple, ce qui en fait une coutume vieille de bien plus de 2 300 ans.3
Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Kol Nidrei n’a rien de lyrique ni d’inspirant (à première vue). Il s’agit plutôt d’un texte juridique, dans lequel nous déclarons, en présence du beth din (tribunal rabbinique), nuls et non avenus les vœux dont nous n’avons pas connaissance.
Pourquoi ce texte un peu sec a-t-il été choisi pour ouvrir l’office de Yom Kippour ?
Les vœux oubliés
Tout au long de l’année, nous faisons des vœux d’accomplir telle ou telle chose, mais nous les oublions souvent entièrement et n’entreprenons même pas de les faire annuler, si bien que nous les transgressons involontairement. C’est pourquoi, dès l’ouverture de Yom Kippour, lorsque nous effaçons, pour ainsi dire, notre ardoise, nous demandons pardon et annulons nos vœux afin de ne plus risquer de les oublier et de les transgresser accidentellement.4
Les vœux que Yom Kippour n’expie pas
D’autres expliquent5 que, selon le Talmud, lorsque nous faisons téchouva à Yom Kippour, nous obtenons l’expiation de tous les péchés, à l’exception du péché de celui qui s’est engagé à accomplir une action positive et ne l’a pas fait. Par exemple, si quelqu’un a promis de donner à la tsédaka, Yom Kippour ne lui procure pas l’expiation tant qu’il n’a pas honoré son vœu en donnant effectivement à la tsédaka.
Le problème est que nous pouvons ne même plus nous souvenir d’un grand nombre de promesses et de vœux que nous avons faits. Par conséquent, au moment d’entrer dans Yom Kippour, jour où nous demandons pardon pour tous nos autres péchés, il convient de commencer par annuler nos vœux et demander pardon à leur sujet, ce que Yom Kippour, à lui seul, ne fait pas.
Une allusion biblique
Rabbi Eliahou de Vilna, le célèbre « Gaon de Vilna », commente le verset6 qui décrit ce qui se produit lorsqu’une adolescente fait un vœu : « Mais si son père s’y oppose le jour où il l’apprend, tous ses vœux et toutes les interdictions qu’elle s’est imposées ne subsisteront pas. L’Éternel lui pardonnera… » Pris au sens allégorique, ce verset nous enseigne que l’on annule les vœux le jour consacré par D.ieu au pardon, Yom Kippour.7
Pourquoi avant Yom Kippour et non pendant
Pourquoi le faire avant Yom Kippour, et non pendant Yom Kippour lui-même ? Sauf lorsqu’ils concernent expressément Chabbat ou la fête, les vœux ne sont annulés qu’un jour de semaine. Il est donc logique que Kol Nidrei soit récité juste avant l’entrée de Yom Kippour, puisqu’il concerne également d’autres vœux.
Mais comment cette procédure juridique est-elle devenue l’une des prières les plus solennelles et sacrées de l’année ?
Les décrets néfastes
Outre les raisons juridiques qui justifient que l’on commence Yom Kippour par Kol Nidrei, des considérations plus profondes et mystiques expliquent également la place accordée à cette « prière » solennelle et sainte.
Le Zohar8 explique qu’à Yom Kippour, nous prions pour que soient annulés tous les décrets néfastes ou lourds châtiments que le Ciel aurait fait vœu de nous infliger. Ainsi, tandis que nous récitons le texte annulant les vœux que nous avons faits ici-bas, nous prions en réalité pour que ces vœux néfastes soient annulés (même si nous ne le méritons peut-être pas). Le texte de Kol Nidrei dit : « Tous seront par les présentes déliés, remis, annulés, déclarés nuls et non avenus, sans force ni effet », faisant ainsi allusion à ces décrets néfastes que le Ciel aurait formulés sous forme de vœux.
La Délivrance finale
D’autres expliquent qu’en récitant Kol Nidrei, nous prions D.ieu et, en un sens, Lui « rappelons » ceci : si jamais Il avait fait vœu de ne pas susciter la Délivrance finale avant un moment précis, la loi juive permet d’annuler les vœux. En annulant nos propres vœux, nous prions donc D.ieu d’agir de même en annulant ce vœu, et d’amener ainsi la Délivrance finale et la venue de Machia’h.9
Au fond, de même que les prières de Yom Kippour s’achèvent par une prière pour la Délivrance finale, elles s’ouvrent elles aussi par une telle prière. Car, en définitive, c’est bien ce pour quoi nous prions tous.
Puissions-nous tous mériter une année des plus douces, avec la venue de Machia’h et la reconstruction du Saint Temple !

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