Je me suis renseigné sur Rabbi Israël Baal Chem Tov, le fondateur du mouvement ‘hassidique. Il semble que d’autres rabbins aient été appelés « Baal Chem ». Mais lui seul fut appelé « Baal Chem Tov ». Quelle est la différence et que signifie donc ce nom ?
Réponse
Décomposons ces trois mots :
baal – maître
chem – nom
tov – bon.
Commençons par l’expression de base baal chem. Elle signifie littéralement « maître du Nom ». C’est un titre souvent donné à ceux qui maîtrisent les noms kabbalistiques de D.ieu et de Ses anges. Par une concentration intense sur ces noms, ils sont capables de dépasser les lois de la nature afin de guérir les malades et de secourir les personnes en détresse.
Parmi les baal chems les plus connus figurent :
- Rabbi Éliyahou Baal Chem de Luentz et de Worms1 (1555–1636)
- Rabbi Éliyahou Baal Chem de Chelm (décédé en 1583)
- Rabbi Its’hak Zekl Leib Baal Chem de Michelstadt (1768–1846)
- Rabbi Yoël Baal Chem de Zamosc (décédé en 1720 ?)
- Rabbi Adam Baal Chem de Ropshitz (vers les XVIIe–XVIIIe siècles)
- Rabbi ‘Haïm Chmouel Yaakov Falk, Baal Chem de Londres, dont le portrait fut publié à tort comme étant celui du Baal Chem Tov (1708–1782)
Puisque le Baal Chem Tov était lui aussi un maître de la Kabbale qui guérissait les malades et accomplissait de nombreux miracles, il semblerait qu’il ait été semblable aux autres baal chems. Pourtant, il fut le seul dont le titre comportait le mot supplémentaire tov, qui signifie « bon ».
De fait, il ne saurait être comparé à ces baal chems. Ceux-ci étaient principalement des faiseurs de miracles, dont le peuple juif a connu un grand nombre. Le Baal Chem Tov révéla une voie de service de D.ieu fondée sur l’amour et la joie, qui a révolutionné notre compréhension et notre pratique du judaïsme, et continue de les façonner aujourd’hui.
En outre, le Baal Chem Tov n’avait nul besoin de manier les noms divins pour dépasser la nature.2 Il se situait entièrement au-delà de la nature, tout en vivant en son sein.
Les justes et mystiques cachés
Il est vrai que, selon la tradition, le Baal Chem Tov succéda à une lignée de baal chems.
Devenu orphelin alors qu’il était encore nourrisson, il fut recueilli durant son enfance par un groupe de tsadikim cachés (des hommes justes), qui lui enseignèrent la Torah, y compris sa tradition mystique.
À l’âge de quatorze ans, il rejoignit Ma’hané Israël, une confrérie de tsadikim cachés. Le dirigeant de cette confrérie était alors l’érudit Rabbi Adam Baal Chem de Ropshitz, proche disciple et successeur de Rabbi Yoël Baal Chem de Zamosc, lui-même proche disciple et successeur de Rabbi Éliyahou Baal Chem de Worms.3
Par la suite, Rabbi Israël Baal Chem Tov devint lui-même le dirigeant du groupe.
Cela expliquerait pourquoi il fut connu sous le nom de Baal Chem, mais non l’ajout du qualificatif Tov.
Une bonne réputation
Cette notion de chem tov apparaît dans les Pirké Avot :
Rabbi Chimone disait : « Il y a trois couronnes : la couronne de la Torah, la couronne de la prêtrise et la couronne de la royauté. Mais la couronne d’un bon renom [chem tov] les surpasse toutes. »4
Ainsi, un baal chem tov est une personne qui jouit d’une bonne réputation.
Cette explication ne paraît pas pleinement satisfaisante, puisque le Baal Chem Tov fit assurément bien davantage que se forger une bonne réputation.5
Le Nom essentiel
Rabbi Chalom Dovber de Loubavitch expliqua le titre de Baal Chem Tov dans un sens plus profond :
Employer différents noms kabbalistiques n’est pas une prouesse extraordinaire. Quiconque connaît un peu les enseignements du Ari zal et le Chaar HaYi’houdim [de Rabbi ‘Haïm Vital] peut le faire. Ce n’était certainement pas là ce qui définissait le Baal Chem Tov, car même le Baal Chem de Lyozhna6 pouvait le faire…7
Rabbi Dovber poursuit en expliquant que, lorsque nous parlons des noms divins, il existe deux niveaux. Cela ressemble quelque peu aux noms que nous donnons aux personnes.
Nous pouvons appeler quelqu’un « M. l’agent », « Docteur », « Monsieur » ou « Professeur ». Ce sont tous des noms descriptifs. Ils désignent une qualité particulière de l’individu. De fait, ils peuvent tous être les titres d’une même personne.
Mais chacun de nous possède aussi un nom qui ne nous décrit en rien et qui, pourtant, est notre nom. Lorsque quelqu’un vous appelle par ce nom, il ne vous désigne pas dans un rôle particulier et ne vous décrit d’aucune manière. C’est vous qu’il appelle. Vous dans votre essence.
Il en va de même de D.ieu. De nombreux noms différents désignent D.ieu en tant qu’Il se rapporte à Son monde selon une modalité particulière. Certains Le désignent comme bienveillant, d’autres comme miséricordieux, d’autres encore comme Celui qui juge ou qui pardonne.
Mais il existe aussi un nom qui ne Le désigne selon aucune modalité particulière ni aucune relation avec quoi que ce soit. Il ne désigne que Lui tel qu’Il est, au-delà de toute description, car aucune description n’est possible.
Certains noms possèdent plusieurs significations selon leur contexte. Par exemple, lorsque nous désignons D.ieu par le nom épelé י־ה־ו־ה, nous pouvons Le désigner comme Celui qui est מהוה – qui fait exister toute chose à chaque instant et, par conséquent, veille sur chacune. Ou bien nous pouvons vouloir dire qu’Il « est, était et sera » et qu’Il transcende donc toute existence.
Mais ce nom est également appelé « le Nom essentiel ».8 En ce sens, il ne décrit absolument rien de D.ieu : il Le désigne simplement tel qu’Il est, et tel qu’Il ne pourra jamais être connu.
Les autres baal chems, dit Rabbi Chalom Dovber, avaient recours à la première catégorie de noms, qui décrivent tous des illuminations et des manifestations divines. Le Baal Chem Tov allait directement à l’essence de D.ieu. Il révéla cette essence dans le monde, dans le cœur de chaque personne qu’il rencontrait et dans la Torah qu’il enseignait.9
Lorsque D.ieu créa le monde, la première chose qu’Il créa fut la lumière. « Et Il vit que la lumière était bonne. » Qu’avait-elle de si bon ? Elle était une lumière qui ne diminuerait pas et que rien ne pourrait dissimuler. C’était la lumière qui constitue la quintessence de toute chose, le bien véritable qui se trouve même dans l’obscurité la plus épaisse.
Être « maître du bon nom » signifie donc que le Baal Chem Tov était capable de percevoir ce bien essentiel, cette lumière cachée au sein de toute chose. Telle était la mission fondamentale pour laquelle son âme vint dans ce monde : nous enseigner à découvrir cette lumière, ce bien essentiel, en chaque personne, chaque chose et chaque événement, puis à révéler cette lumière au monde entier.
Préparer la voie à l’ère messianique
Voici encore une explication du nom « Baal Chem Tov » :
Ce n’est qu’après les insistances répétées de ses maîtres que Rabbi Israël Baal Chem Tov commença, le 18 Eloul 1734 (jour de son trente-sixième anniversaire), à enseigner et à révéler publiquement sa grandeur.
Cela inaugura une ère nouvelle dans la vie juive. Selon la pensée ‘hassidique, la simple bénédiction d’un Juif sans instruction était aussi sainte que l’étude approfondie de la Torah. La pureté de l’intention était tenue en plus haute estime que les accomplissements dénués de ferveur ; la joie et l’humilité étaient admirées ; et même le paysan le plus simple pouvait servir D.ieu par une prière ardente. Des Juifs venus de très loin affluèrent pour entendre les saintes paroles du Baal Chem Tov et le voir tout entier absorbé dans sa prière.
Il fut révélé au Baal Chem Tov que cette voie nouvelle était destinée à préparer le monde à l’ère messianique. C’est là, explique-t-on, une autre raison pour laquelle il portait le nom de Baal Chem Tov.
La « couronne d’un bon renom » (qui, comme nous l’avons cité plus haut de la Michna, s’élève au-dessus des trois couronnes de la Torah, de la prêtrise et de la royauté) est une allusion à Machia’h, lorsque la lumière essentielle du premier jour de la Création rayonnera dans le monde entier. Ainsi, Rabbi Israël fut appelé le Baal Chem Tov, car sa mission était de préparer le monde à l’ère messianique.10 Puisse-t-elle advenir rapidement de nos jours !

Commencez une discussion