Nous savons tous que les premières nuits de Pessa’h sont capitales, puisque nous y célébrons la Sortie d’Égypte. Mais saviez-vous que quelque chose d’aussi spectaculaire s’est produit la septième nuit ? À Chevii chel Pessa’h, nous commémorons l’anniversaire de l’ouverture de la mer.
Dans de nombreuses communautés juives – ashkénazes comme séfarades –, il existe une belle tradition de veiller tard, voire toute la nuit, à Chevii chel Pessa’h.
Les ‘hassidim, en particulier les ‘hassidim ‘Habad, ont coutume de rester éveillés toute la nuit de Chevii chel Pessa’h. Contrairement à la nuit de Chavouot, où l’on étudie un texte précis (le Tikoun Leil Chavouot), la coutume ‘Habad est de veiller en étudiant1 ce que l’on veut,2 l’essentiel étant simplement de rester éveillé.3
Certains séfarades se réunissent à la synagogue à ‘hatsot (minuit halakhique) et récitent Az Yachir (le Cantique de la mer) verset par verset, ou bien le chantent et dansent sur ses paroles. D’autres se lèvent à l’aube pour le réciter.4 Certains versent même de l’eau sur le sol pendant les danses, en commémoration de l’ouverture de la mer.5
Certaines communautés récitent des versets particuliers et des passages du Zohar, connus sous le nom de Tikoun Leil Chevii chel Pessa’h,6 tandis que d’autres passent la nuit à raconter les Midrashim et les récits des miracles de D.ieu, et fortifient ainsi leur foi en D.ieu.7
(Précision utile : si une nuit blanche risque de vous faire somnoler pendant les prières du matin, mieux vaut faire une sieste avant de prier. Assurez-vous simplement que quelqu’un vous réveillera à temps pour prier et réciter le Chema au moment prescrit.)
Pourquoi restons-nous éveillés toute la nuit pour commémorer l’ouverture de la mer ?
Révéler les profondeurs cachées de la Torah
L’ouverture de la mer ne fut pas seulement l’acte final de la Sortie d’Égypte : ce fut un aperçu de quelque chose de bien plus grand. Le Midrash enseigne que même une simple servante vit, à la mer, une révélation divine supérieure à celle des prophètes venus plus tard. Les enseignements ‘hassidiques expliquent que ce moment offrit un avant-goût, ou une « lueur », de la révélation de l’ère messianique, lorsque ce qui est caché sera dévoilé et que la présence de D.ieu sera aussi manifeste que la terre ferme surgissant de la mer.
Il est rapporté au nom du kabbaliste Rabbi ‘Haïm Vital, disciple du Arizal, que les nuits de Hochaana Rabba, du septième jour de Pessa’h et de Chavouot sont un moment propice aux révélations des secrets les plus profonds, et qu’il faut donc en faire bon usage.8
Un moment propice à la Rédemption finale
Le peuple juif ne mérita pas la rédemption complète dès les premières nuits de Pessa’h. Ce n’est que la septième nuit, lorsque la mer s’ouvrit et qu’ils entonnèrent le Cantique de la mer, que leur rédemption atteignit son point culminant.
Cette étape finale de la rédemption s’accomplit grâce à la foi que les Juifs avaient en D.ieu et en son serviteur Moïse, ainsi qu’au mérite de leur future acceptation de la Torah au mont Sinaï.
Pour cette raison, chaque année, la nuit de Chevii chel Pessa’h est un moment d’une grande puissance spirituelle, particulièrement propice à renforcer la foi en D.ieu et en sa Torah et à faire advenir la Rédemption finale. C’est une occasion de raffinement intérieur et d’élévation spirituelle. Ceux qui cherchent à se purifier et à s’élever au cours de cette nuit reçoivent une aide supplémentaire d’En Haut, plus encore qu’à l’ordinaire.9
Une nuit de miracles et de protection
Tout au long de la nuit de l’ouverture de la mer, les vents soufflaient, l’armée égyptienne se rapprochait, et même les anges accusateurs cherchaient à nuire au peuple juif. Mais D.ieu les protégea de tous côtés, comme un bouclier.
Et c’est ainsi que fonctionne le temps juif : l’énergie spirituelle de cette nuit revient chaque année, au même moment. Il ne s’agit pas seulement d’histoire, c’est un cycle.
Ainsi, lorsque nous étudions la Torah cette nuit-là – la sagesse de D.ieu –, nous attirons dans nos vies une protection spirituelle, tout comme nos ancêtres en firent l’expérience alors.10
Naissance de l’âme – la veille de la circoncision
Il existe un autre lien intéressant.
Les maîtres ‘hassidiques expliquent que Chevii chel Pessa’h est le moment de la « naissance des âmes juives ».11
La Sortie d’Égypte est également considérée comme la naissance de la nation juive. Rabbi Yehouda Lœw, le Maharal de Prague, affirme que le peuple juif se préparait déjà à « naître » le 14 Nissan (la veille de la Sortie d’Égypte),12 ce qui ferait du septième jour de Pessa’h le « huitième jour », celui de la circoncision spirituelle.
Vous avez peut-être entendu parler de la coutume de veiller la nuit précédant la brit mila d’un petit garçon. Il est donc logique que nous restions éveillés la nuit de Chevii chel Pessa’h, la veille de notre brit spirituelle.13
Fait intéressant, l’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, explique que l’âme divine entre pleinement dans l’enfant au moment de la circoncision.14 Ces deux explications se rejoignent donc : nous veillons à la fois avant la naissance des âmes juives et la veille de la circoncision.
Puissions-nous mériter le jour où « la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent le fond de la mer ».15

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